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L’Edito de Michel MARENTHIER

mai 19th, 2008

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Photothèque… Vous avez dit Photothèque ?…

La photothèque de souvenirs concernant Zouérate a déjà largement pris son envol. Elle doit à présent atteindre la vitesse de croisière et y rester afin de continuer à s’enrichir grâce à votre concours…

En novembre dernier, en Guinée, tandis que je prospectais sur le terrain, Marie-Claire, mon épouse, s’est amusée à rechercher sur Internet le moyen d’entrer en contact avec des anciens de l’exploitation de bauxite de Fria, où elle avait exercé en tant que sage-femme en 1969.

Tandis qu’elle correspondait avec eux d’une manière assidue, avec succès, je lui dis :

- Tu devrais essayer de voir s’il n’y a pas également un site concernant la Miferma.

Marie-Claire me confirma le lendemain qu’elle en avait trouvé un. Il concernait les anciens de Miferma-Nouadhibou et son Administrateur lui avait conseillé d’aller sur le site spécifique dévolu à Zouérate.

AussitĂ´t, elle avait envoyĂ© un message vers ce site, aussitĂ´t on lui avait rĂ©pondu ! Elle avait continuĂ©, et chaque fois un message revenait aussitĂ´t en retour !… J’étais intriguĂ© ?

- Comment, chaque fois que tu envoies un mail, on te répond aussitôt ? Pas possible, c’est un retraité, qui n’a rien à faire, qui est au bout ?

Le lendemain :

- Non, ce n’est pas un retraité, c’est un certain Patrick, il doit avoir 48 ans.

- 48 ans, alors ce doit être un gars qui est malheureusement au chômage et qui, pour se changer les idées, s’est mis en tête de gérer les correspondances des anciens ?

Le surlendemain :

- Non, il n’est pas au chômage, il travaille !

- Comment il travaille ? Pour qui ? Et il répond aux mails toute la journée pendant son travail ? Il doit être content de lui son employeur !

- Il m’a dit qu’il est vraiment heureux que j’aie pris contact avec lui, car il te cherche depuis longtemps !

- Moi ? Depuis longtemps ! Mais pourquoi faire ?

- Il dit qu’en tant que photographe officiel de la Miferma, il espère que tu lui donneras des photos.

- J’ai autre chose à faire ! A Zouérate, j’étais géologue et les photos, elles sont dans le grenier à Orléans. On verra plus tard, le jour où je serai en retraite. Pour le moment, je n’ai malheureusement pas le temps.

Les vacances de Noël arrivent. Nous rentrons à Orléans, et il se trouve que je suis immobilisé, de façon totalement imprévue, par un problème de santé à résoudre rapidement.

Marie-Claire correspond avec Patrick, lequel continue d’insister, petites touches par petites touches, pour essayer d’obtenir quelques photos pendant que nous sommes coincés ici !

Il sait ce qu’il veut le « bougre ». Il réussira, ce petit !

Je veux faire plaisir à Marie-Claire, j’accepte d’aller me geler dans le grenier avec elle et, au bout de deux heures, nous voici redescendus avec des boîtes Karoclass remplies de vieilles diapositives.

- A présent il faut les classer et les ranger, lui ai-je dit. Je veux bien répondre à toutes tes questions pour t’aider, mais moi, je n’ai pas le temps de m’occuper de ce rangement.

Marie-Claire se met au travail, me pose ses questions, classe et range. Cela prend du temps, il y avait plus de 800 diapos Ă  regarder et trier !

Elle explique, par mail, à Patrick, tout ce qu’elle a fait.

Ce dernier suggère alors que puisque nous sommes encore retenus en France, il pourrait peut-être bien venir à Orléans avec son équipe pour nous interviewer ? Comme tous les jeunes, il emploie des sigles et il appelle ça une ITW !

Et puis quoi encore ?… Qu’est-ce qu’il veut que je lui raconte, des histoires de 35 ans en arrière dont je ne me souviens plus !

Toujours pour faire plaisir à Marie-Claire, j’accepte… encore… « Bonne poire »… et puis,
et puis… « SILENCE, ON TOURNE ! ».

Ah non, « Pas silence », lĂ  en plus, il fallait beaucoup parler !…

Je dois dire qu’une fois lancé, cela a été un grand plaisir. En même temps que je parlais mon histoire se déroulait devant mes yeux. On se laisse prendre à ce petit jeu…

Et en définitive, c’est formidable de participer de manière aussi impromptue à une telle aventure… Que de souvenirs oubliés et ressurgis grâce à elle, sans crier gare !

Patrick s’en retourne à Lyon, en emportant ses boîtes Karoclass. Rentré chez lui, il nous dit qu’il scanne, qu’il scanne et qu’il scanne encore…

Et puis… Il y a quelque temps, un email arrive :

- Regardez la photothèque…

Effectivement, toutes mes photos sont dans le « vrac d’attente ». Il ne restera plus qu’une main bienveillante accepte de les placer dans des classeurs et des albums qui seront Ă  crĂ©er !…

Bravo, je dois reconnaître le résultat ; je suis comblé !

Je peux voir à la suite, une à une, parfaitement scannées, toutes mes vieilles photos qui dormaient dans le grenier, d’un éternel sommeil, depuis 35 ans et qui auraient continué de le faire sans l’insistance de ce Patrick ! Je suis obligé de lui dire ici un grand Merci !

Il y a du « boulot » pour organiser toutes les importations vers telle ou telle destination. Marie-Claire – elle l’avait bien cherchĂ© – a Ă©tĂ© choisie avec Dominique PĂ©richon pour crĂ©er albums et classeurs, pour ranger et lĂ©gender les photos, sans se tromper s.v.p.… « On » veille au grain !…

C’est un « travail de Romain », c’est bien fait pour elle !

Pas de chômage pour leur « Salle de Réunion » comme ils disent (Se prennent-ils pour des Ministres ?), ils parlent seulement entre eux… Une espèce de « Franc-Maçonnerie » dans laquelle l’« étranger » (!) n’a pas le droit de mettre son nez !

Et au bout du compte, mon ami de 40 ans, qui m’a suivi pour travailler dans les coins les plus perdus d’Afrique, Michel Lemardeley, un ancien du Club Photo de Zouérate, m’envoie un message me disant :

« Je ne peux plus mettre de photos dans la photothèque. Les miennes sont trop minables à côté des tiennes, je vais passer pour un charlot ». Sic !

Et bien là, nous y voilà… « Nous mettons bien le doigt en plein dedans », toute la philosophie d’une Photothèque du Souvenir, elle est résumée par la réaction de mon ami.

Un site pour la Mémoire, illustré grâce à une photothèque, ce n’est pas un concours photos destiné à mettre en valeur de plus ou moins « bons » photographes. Il ne faudra jamais qu’il le devienne.

Et, il n’y a pas de « bonnes » photos, il y a seulement « des » photos qui évoquent quelque chose, qui font ressurgir subitement certains de nos souvenirs enfouis. C’est la « madeleine de Proust »…

Michel, c’est à toi que je m’adresse :

Je vais dans la photothèque et, je cherche, au hasard, dans le premier album qui me tombe sous la main, tiens c’est l’album « Entre Amis ». Voici une photo « Michel Lemardeley ».

A priori, une photo tout à fait quelconque, éclairage un peu trop violent au premier plan, un peu trop sombre derrière, plusieurs personnages que l’on reconnaît plus ou moins. Mais… au centre, c’est bien Titi Dubois ?

Il est en train de fumer une cigarette devant quelqu’un qui joue de la guitare ?

Je regarde Titi de plus près, le pauvre homme est décédé il y a peu de temps. Je le regarde encore plus attentivement…

Peu à peu, l’image devient floue, je ne vois plus la même chose… Titi m’apparaît debout, il a toujours sa casquette Bigeard d’ancien légionnaire, vissée sur la tête. Il est midi et quart, il revient des Services Généraux pour rentrer chez lui. En passant, il vient jusqu’à notre case pour nous dire bonjour. Il aime bien venir nous voir.

Je ne lui demande pas ce qu’il veut comme apéritif, je sais que c’est du Peppermint qu’il faut lui servir. Nous discutons de tout et de rien. Et vers midi et demi, je lui dis :

« Madame Dubois doit vous attendre ? »

« La « Blonde » attendra !» répond-il de son air un peu macho, avec sa voix bourrue.

C’est un brave homme et il aime bien sa « Blonde » qui est une charmante f
emme. Elle, c’est bien connu, elle adore les animaux, tous les animaux quels qu’ils soient. Un jour, elle a même recueilli une cigogne blessée et l’a remise sur pattes. Je suis allé chez elle pour prendre des photos de cette cigogne !

Tu vois, Michel,

Ce qu’une photo très ordinaire, à priori tout à fait quelconque, peut faire ressurgir tout à coup de notre mémoire !

Miracle d’une Photothèque de Souvenirs, tous les détails que l’on peut y dénicher sont importants. Ils pourront toujours rappeler quelque chose à quelqu’un, même si le « photographe » ne peut pas l’imaginer au moment où il insère son document.

Et puis une « bonne » photo, après tout, qu’est-ce que c’est ?

Tout est relatif. Aujourd’hui elle est « bonne », demain elle ne le sera plus ! Tout est fonction de la demande pour son utilisation !

L’éditeur Printel, qui imprimait nos calendriers en couleur de la Mif, avait tenu à me mettre en rapport avec une agence photographique en me disant :

« Vos photos qui dorment chez vous seraient mieux placées si elles étaient dans une agence, venez avec moi, je vais vous présenter »

J’ai effectivement pu placer beaucoup de photos dans des publications, grâce à cette agence. Une photo de la fosse de Tazadit, prise à partir du Piper Cherokee, portière enlevée, piloté par le Commandant Grosdemanche, a même eu sa place dans le Petit Larousse en couleurs, édition 1983, en ouverture de la lettre M pour « Mines de Fer de Mauritanie » !

Puis petit à petit, l’agence a été rachetée, puis rachetée encore et rachetée encore… Au fur et à mesure qu’elle s’agrandissait, des photographes de plus en plus connus y étaient employés.

Dans les années 2000, j’ai travaillé plusieurs mois dans l’Aïr, à Iférouane, au Nord d’Agadez. Touaregs enturbannés sur fond de paysages splendides, au milieu d’un ciel bleu. Les pellicules ne restaient pas longtemps dans les boîtiers ! Un jour, un grand mariage fut célébré, toutes les jeunes filles étaient merveilleusement parées, visages poudrés, maquillages de poupées. Grâce à mon Polaroïd couleur, j’ai pu les apprivoiser et elles ont accepté de prendre la pose.

En rentrant en France, j’estimais que j’avais une collection exceptionnelle ! J’ai tout bien classé et légendé et j’ai aussitôt expédié une grosse enveloppe à l’agence. Quinze jours après, la même enveloppe était de retour parfaitement intacte.

Intrigué, j’ai téléphoné à la responsable qui me réclamait toujours des clichés depuis plus de 25 ans :

« Je ne comprends pas, toutes mes photos du Niger me sont revenues ? »

Sans ménagement de sa part :

« Nous ne sommes pas intéressés » !

Ecoeuré, je n’ai plus jamais rien envoyé à l’agence et j’ai même demandé de récupérer tous les clichés qu’elle détenait en dépôt !

Alors… « belles » photos ou « pas belles » photos ? Quelle importance…

Elles n’ont que l’intérêt que nous pouvons leur porter à un moment donné ou à un autre, pour les souvenirs qu’elles pourront procurer à quelqu’un…

Apportez toutes vos photos, il y aura toujours quelqu’un qui saura les apprécier.

Merci.

Michel Marenthier

Catégories: Edito

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