sept 27 2008
4.Adieux au Désert…
Je ne voudrais pas terminer sans vous parler d’un de mes souvenirs très fort concernant le désert et qui concerne cette fois la vie animale. Lors de l’été 1973, lorsque la grande sècheresse a commencé à devenir irréversible sur toute l’Afrique Occidentale, j’avais emmené, vers les dunes de Tourine, Patrick et Anne-Marie Chaboureau, ainsi qu’un ami d’enfance venu passer ses vacances avec moi.
C’était au cours de la matinée, au milieu des grandes ondulations des sables. Arrivés au cif d’une dune, nous voici en face d’un troupeau d’une trentaine de gazelles. Je n’en avais jamais vu autant.
Nous nous sommes arrêtés pour les regarder tout en coupant le moteur afin de ne pas les effrayer. Elles nous ont vus. Une légère hésitation de l’ensemble du troupeau puis aussitôt le mâle dominant s’est détaché. Il est alors venu lentement vers nous. Pendant ce temps l’ensemble des femelles s’est rassemblé et elles sont parties rapidement dans l’autre sens. Le mâle se sacrifiait volontairement pour préserver son troupeau. Impressionnant, émouvant… La vie doit être préservée à tout prix.
J’ai eu la chance de revivre la même scène dans le désert du Ténéré en 2001, alors que je prospectais l’étain. Le troupeau était petit, cinq femelles et un mâle seulement. Ce dernier est aussitôt venu se sacrifier en venant fièrement à notre rencontre. Cette fois-là, il m’a fallu me disputer violemment avec mon chauffeur pour l’empêcher de « courser » l’animal et le tuer. Je ne regrette pas qu’il m’en ait voulu ensuite jusqu’à la fin de la mission car cette dispute avait sauvé le troupeau.
Lors de la période des travaux de la Manutention de Rouessa, Monsieur Gasnier était mon voisin. C’était un ingénieur d’une société extérieure, venu pour contrôler les Travaux Neufs dont Jean Collardey était le patron depuis la France. Ce dernier m‘avait demandé de faire chaque mois une tournée photographique de tous les travaux réalisés pendant le mois, en compagnie de M. Gasnier qui me montrait les points importants à souligner pour le reportage. J’envoyais ensuite ce reportage à Paris, ce qui évitait un déplacement à J. Collardey.
Ayant d’excellentes relations avec M. Gasnier, celui-ci plus intime, un jour m’a dit :
« Je vous vois partir en brousse tous les week-ends, ce n’est pas Miferma qui devrait vous payer mais c’est vous qui devriez payer Miferma pour tout ce que vous pouvez faire ici !».
C’est vrai, à Zouerate, j’ai pu bien travailler en apprenant mon métier tout en ayant eu la chance de vivre en grande communion avec ce désert mauritanien fascinant.
Puis un jour, tandis que je revenais d’une longue mission dans le Tasiast (au Sud de Bou Lanouar), à la fin décembre 1974, un mois après la nationalisation de Miferma en Snim Cominor, Pierre Loisy et Marlies me présentèrent une jeune personne blonde aux yeux bleus qui s’appelait Marie-Claire. Elle venait pour faire un intérim de trois mois en tant que sage-femme à l’hôpital et semblait ne pas avoir une haute opinion du désert. Elle avait déjà travaillé en Guinée Conakry pour Péchiney et pour elle l’Afrique : « C’était vert avec beaucoup de fleurs et des cocotiers » !…
Je lui expliquais que le désert aussi pouvait être très beau, toujours changeant et lui proposais une sortie à la Sebkha, la Saline d’Idjil. Celle-ci était alors d’un blanc immaculé, avec des mirages de tous côtés.
Marie-Claire apprécia ce paysage grandiose, ainsi que mes relations directes avec les mineurs. (Mes liens avec eux s’étaient encore renforcés depuis qu’ils m’avaient dépanné, jusque dans leur village de Ouadane, un jour où j’étais tombé dans un trou avec ma voiture, sans eux je ne m’en serais pas sorti !). Leurs cases misérables étaient en carton et tissus, et la demoiselle accepta d’y dormir. Il n’y a pas qu’au Ranch qu’on draguait…
Petit à petit, elle se mit à apprécier le désert grâce à quelques belles sorties en brousse, Tourine, bien sûr, mais aussi Chinguetti et particulièrement une « traversée » Zouerate Nouadhibou, via les PK de la voie ferrée, avec un sérieux enlisement non programmé vers 13.00 heures (soleil vertical !) pendant le franchissement de la zone dunaire, lorsque j’eus à rejoindre mon camp de prospection du Tasiast.
Professionnellement, elle dut partir travailler deux mois à la Maternité de Nouadhibou. MM. Hervouet et Guittard s’occupèrent souvent d’elle en l’invitant ou en l’amenant faire les sorties habituelles de Cansado : Baie du Lévrier, les Cabanons aux « Champignons », la grotte des Phoques.
Chaque semaine, grâce au Pilote Taillemit « commissionné » par Marie-Claire pour convoyer vers nous, calamars, soles et langoustes, j’eus la meilleure popote de Zouerate. Huit copains célibataires qui se régalaient particulièrement tous les midis !
Lorsqu’elle revint en affectation à la Maternité de Zouerate, il y eut encore de belles sorties en brousse, mais la vie dans le désert ne lui convenait pas. Pas assez d’eau pour pouvoir arroser son jardin et avoir des fleurs, le sable sur la brosse à dents malgré des portes toujours hermétiquement closes… Elle me dit qu’elle voulait bien rester avec moi, mais pas à Zouerate !…
Il y a des moments dans la vie où il faut se faire une raison.
Au bout de cinq ans, j’avais fait le tour de tout ce dont je pouvais espérer apprendre quelque chose professionnellement ici et un géologue a besoin de plusieurs expériences de terrain. J’en parlais à ma hiérarchie et fis appel à Jacques Dumas. Il me proposa de partir au Gabon pour la Somifer, Société des Mines de Fer de Mekambo ; Marie-Claire y aurait la Forêt Equatoriale, sombre et humide, pour remplacer le Désert !
Mon nouvel employeur, le Président Gérard de l’Epine souhaitait absolument que nous soyons mariés avant de pouvoir aller à Makokou. C’était une condition !
Le Consul Général de France, Roland Rondel, affecté à Nouadhibou, que j’avais eu l’occasion de recevoir sur mon camp du Tasiast, me facilita les formalités en me proposant de lui faire parvenir un Acte de mariage signé par le Préfet de Zouerate afin de nous délivrer ensuite un Livret de Famille.
Mariés le 11 décembre 1975 avec pour témoins Annie Fischer et Alain Queval. Le 16 janvier, quinze jours après le départ de Marie-Claire qui avait ses affaires personnelles à régler en France, je quittais Zouerate pour une autre belle Montagne de Fer : Belinga au Gabon.
Je suis revenu en 1998 en Mauritanie pour prospecter l’or dans la région d’Akjoujt. De « notre temps », on y exploitait le cuivre, ancienne Micuma nationalisée en 1974 en Snim Comisud, mais plus tard, on y a découvert de l’or extrêmement fin que de nouveaux procédés permettaient d’extraire. Installé dans la cité d’Akjoujt, j’ai rapidement demandé aux trois jeunes géologues mauritaniens qui m’accompagnaient de m’aider à trouver des forgerons en ville.
Arrivés chez l’un d’eux, nous l’avons salué, toutes les salutations usuelles me sont aussitôt revenues en mémoire ! Nous nous sommes assis dans son échoppe et l’avons regardé un moment travailler, sans rien dire. Il était en train d’usiner une nouvelle pipe et il enfilait sur le petit tuyau central… des bouts de plastique ?!…
J’ai fait comprendre que je souhaitais acheter de beaux objets, de belles pipes, un mangache, des cadenas, une théière incrustée de métaux et j’ai fait la description de ce que je voulais.
Le maalem m’a regardé un moment avec étonnement, puis se tournant vers les jeunes géologues, il leur a dit quelque chose que je n’ai pas compris,
- « Qu’a t’il dit ? »
- « Lui, vraiment, il connaît tout ce que nous savions bien faire dans le temps ».
Mais, de ces beaux objets, il n’y en avait plus…
Michel Marenthier
A Orléans le 21 mars 2008
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3 Commentaires à “4.Adieux au Désert…”
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richyjacques le 21 fév 2010 à 17:21 #
Précieux témoignage et rafraîchissement de la mémoire.. Merci Michel !
Arnould Thierry le 06 août 2010 à 10:00 #
Au début des années 1970 rares étaient ceux qui avaient un appareil photographique … Partager et “offrir” ces belles images , toutes ces photos de souvenirs , c’est donner un peu de beauté et beaucoup d’amour et de respect aux personnes qui n’ont pas eu cette chance et qui grace à toi Michel revivent et revoient leur Passé avec bonheur …. J’en connais beaucoup aujourd’hui , merci pour eux Michel .
Thierry
Marc Wallendorf le 18 déc 2010 à 13:15 #
Bonjour, j’ai grandi à Akjoujt dans les années 73,77 et y retourne de temps en temps. Il y a trop peu à trouver sur le sujet sur internet et cela fait toujours plaisir de découvrir votre blog.
Marc