déc 08 2008

WOJTKOWIAK

1-l'époque pionnière 1963/1970

Tazadit et F’Dérik

Bien que ces deux installations soient quelque peu dissemblables décrivons préalablement et visuellement  une manutention.

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Les manutentions comprennent l’ensemble des équipements qui servent à concasser, cribler et transporter le minerai de fer entre la mine et le chemin de fer. Des dumpers pouvant transporter jusqu’a 110 tonnes de minerai viennent déverser leur contenu dans un concasseur giratoire qui broie les blocs. Peut-être la machine la plus monstrueuse de l’installation.  Ensuite, et après avoir transité par une trémie tampon, le minerai est transporté vers la plaine sur des pentes vertigineuses par une bande transporteuse. A Tazadit ce convoyeur traverse un tunnel. Sous les chocs répétés des blocs de minerai, Il arrive parfois à ce tapis de s’arracher. Alors les équipes de vulcanisation interviennent en urgence, car toute la production est bloquée.

Le minerai est ensuite stocké longitudinalement par un stacker. La roue pelle assure la reprise soit en direction des cribles ou de la gare où sont chargés les wagons. Tazadit, bien que mise en service depuis 1961 ne sera véritablement pleinement opérationnelle qu’en 1963. Il faudra attendre 1967 pour voir construire les installations de F’Dérik.

Dans le texte qui suit, nous avons privilégié le récit de deux témoins ayant travaillé à la maintenance de ces ensembles. Pour des informations plus techniques, prière de se référer aux Miferma-Informations disponibles en médiathèque.


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Promenons nous dans les bois.

Aller chercher des champignons et tomber, non sur une fée, mais sur un prince qui vous propose de travailler à Zouérate, c’est l’aventure incroyable qui arrive à Michel Lemardeley, qui en ce jour d’été 1964 peut dire qu’il n’est pas rentré bredouille. L’homme qui lui fait cette proposition est le maire-châteiain de son village normand, prince de son état et qui a un poste important à la Sté Pennaroya. Ainsi pour Michel, le 19 octobre 1964, l’aventure commençait.

Départ du Bourget, vol de nuit, Michel repense à l’Algérie qu’il à connu après la fin des hostilités, et dont il vient de rentrer. Retour sur l’Afrique! Aujourd’hui, il se souvient encore de l’arrivée à Port Etienne, via Dakar, sous un fort vent de sable, du changement d’avion, de l’arrivée à Fort Gouraud au lieu de Zouérate. Personne à l’accueil, une voiture survient, le chauffeur charge quelques habitués et dit qu’il préviendra en arrivant à Zouérate, «on attend sous l’aile de l’avion, le seul endroit d’ombre dans les parages» se souvient Michel, une demi-heure se passe, rien. Une heure, toujours rien, on atteint l’heure et demi quand arrivent enfin deux véhicules. «Nous n’avions même pas pu nous désaltérer sous cette chaleur torride». Des mots sont échangés entre des plus anciens de fort méchante humeur et les chauffeurs, les gens grimpent où ils peuvent, une demi heure plus tard, le petit bar est enfin en vue, «mon cousin, Titi Dubois, prévenu de mon arrivé me prend en main, me voilà sauvé» conclut Michel.

On a travaillé dur mais on n’était pas esclave.

Le lendemain de son arrivée Michel Lemardeley prend son poste au service intervention, on lui présente son chef de service, “pépé Mandolla”. A cette époque, soit un an et demi après l’arrivée du premier train de minerai à Nouadhibou en provenance de la Kédia, les installations sont limitées à Tazadit et la petite station de F’dérik1. Des installations pas très au point qu’il faut surveiller et entretenir journellement, des installations fragiles. Michel Lemardeley nous précise: «le service intervention qui comptait à l’époque cinq à six personnes pouvait travailler partout: la manutention en priorité mais aussi les pelles, les sondeuses, les compresseurs. J’ai même été monter du matériel à la Polyclinique…». Il rajoute encore: « la manutention est entre deux feux, la mine et le train! Le train veut partir à l’heure, les mineurs veulent charger le train, mais entre les deux, le concasseur, les convoyeurs, la roue-pelle ne font qu’un, et un tout petit grain de poussière peut stopper ce bel ensemble, alors intervention: Unimog; palans; chalumeau; élingues; cric…etc»!

Deux heures après, le bel ensemble repartait. On pouvait souffler. Pas trop longtemps car F’dérik vient d’appeler: concasseur bloqué! C’est reparti mais cette fois les hommes ne se doutent pas que c’est pour la nuit! Alors de nouveau: Unimog; palans; chalumeau; élingues; cric, etc… On nous apportait sur place les casse-croûtes et la boisson , rien ne manquait. « Quand on rentrait le lendemain matin, une escale au petit bar était de rigueur, souvent de fois en l’état, poussiéreux, graisseux, et l’on soulageait Mme Jacques de canettes dont la commande se passait au mètre, c’était ainsi à l’époque. On a travaillé dur mais on n’était pas esclave! » laisse tomber Michel Lemardelay le regard vaguement fixé sur un horizon lointain.

Une histoire en famille.

Michel Bréda a vingt deux ans en 1966 lorsqu’il monte à bord de l’avion qui doit le conduite à Zouérate. Pas trop de stress toutefois, pas tout à fait l’inconnu pour lui, l’étranger, il connaît déjà, car des voyages précédents l’on conduit jusqu’en Finlande pour la construction d’une centrale électrique. Issu de la construction métallique, il sait ce qu’il va trouver sur place. On lui a décrit les installations, la vie, la mine, les habitants, le mode de vie. Lorsqu’il pénètre au Ranch, ses deux frères, Jean et Guy sont là pour l’accueillir, ce sont eux qui l’ont convaincu de venir tenter sa chance à Zouérate.

Pour lui, les motivations sont les mêmes que celles de nombreux expatriés de cette époque. Le salaire, bien entendu car en France on ne gagne pas bien sa vie, mais aussi cette soif d’aventure et de découverte de cette époque scandée par les premières conquêtes lunaires de l’année 1966.
La fratrie Breda s’agrandit ainsi par l’arrivée de Michel et se compose alors de Jean qui travaille à la chaudronnerie et de Guy, boucher à l’économat. Plus tard, Jacky, le dernier des “Daltons”, comme les appelaient certains de leurs compatriotes, rejoindra le trio et travaillera à la chaudronnerie. Cet ensemble familial regroupé laissera une image forte au sein des deux communautés, puisque encore évoquée aujourd’hui.
L’immersion est totale et réussie pour le jeune célibataire qui va découvrir une ville où les logements possèdent un confort que beaucoup d’habitations d’Etain, ville de l’Est de la France dont il est originaire, s’ont loin d’avoir. Rapidement la vie professionnelle prend le pas sur le reste, vie qu’on pourrait résumer ainsi: travail; dodo; boulot, tant le labeur aux manutentions de Tazadit et F’derik est intense.

Pas grand chose pour travailler.

«C’était le Far-west» déclare-t-il, «pas grand chose pour travailler, des installations pas très au point car montées dans l’urgence du démarrage de l’exploitation de la mine, souvent de fois en panne, un travail incessant de maintien en état ou de dépannage avec les moyens du bord, bien maigres à cette époque, fallait que ça tourne…». Et ça a tourné!
Ça a tourné grâce à la mobilisation presque sacerdotale de ces expatriés qui n’hésitaient pas à réaliser les tâches les moins valorisantes, à descendre au fond des caisses à pierre pour refixer une tôle d’usure, passer des heures à régler un tapis au milieu de tourbillons de poussière sans aucun équipement de protection. Ça a tourné aussi grâce à la proximité entre l’encadrement de l’époque et ces hommes prêts à tout pour la bonne marche des installations. La main d’oeuvre locale n’était pas encore formée, «souvent de fois c’était des “broussards”, fraîchement arrivés en ville, qui nous étaient assignés pour nous seconder, sans formation, presque illettrés, tout juste si ils savaient lire l’heure …. La formation, c’est arrivée bien après», reprend Michel.

Des souvenirs en communs.

Michel Lemardeley, n’en dit pas moins «Je n’ai pas vu les évolutions de la cité, trop pris par le travail, trop de temps passés sur les chantiers, “la manu”, c’était devenu ma danseuse…. Deux cent cinquante à trois cents heures de “turbin” dans le mois en 1965, c’était courant, après avoir dormi un peu, la drague, tu peux oublier…»
Ils se souviennent aussi de techniques “artisanales” utilisées telle la dynamite pour desceller la jupe des noix des concasseurs ou pour briser de trop gros blocs de minerai bloquant les trémies au risque de faire plus de dégâts…. C’était les nuits bleues de la manutention type “canal technique”.
Pour le reste que du très banal…. décheniller une roue pelle de 440 tonnes (1), démonter un concasseur à plusieurs dizaines d’individus, les chaudronniers découpant au chalumeau dans les étages supérieurs, les mécaniciens en-dessous vidangeant les circuits hydrauliques (bonjour l’incendie), d’autres nettoyant à proximité à grand coup d’air comprimé les “fines” accumulées, le tout dans une chaleur extrême …. géant! Géant comme les installations, comme le train, comme ce T2 (2), comme cette Kedia qui les narguait chaque jour et à l’assaut de laquelle ils partaient à chaque début de poste qui souvent de fois se révélait interminable.

Tazadit la roue-pelle

Des événements dramatiques.

Les deux hommes ont vécus des moments douloureux en mai 1968 (3) , «Nous étions consignés à la maison, deux jours de couvre-feu» se souvient Michel Lemardeley qui depuis s’était marié et vivait en famille. «Au début, on ne pensait pas que ça en arriverait là» rajoute Michel Breda tout en soulignant que l’intervention militaire était devenue nécessaire car les incidents vis à vis des Européens devenaient de plus en plus vifs, «ce sont surtout quelques meneurs qui ont pourri la situation». «Les Mauritaniens qui travaillaient avec nous étaient gentils, serviables agréables à vivre et ils le sont restés après tout cela, la confiance est vite revenue, mais il faut les comprendre, exploités comme ils étaient…» rajoute t’il.

Michel Lemardeley, pour sa part précise: «C’est à partir de cette période que les choses ont commencé à s’améliorer tout doucement et ma charge de travail s’en est trouvée allégée. J’ai pu enfin me consacrer à une de mes passions, la photographie, mais pas tant pour le côté touristique que technique car mes photos servaient aux archives pour suivre des problèmes survenus sur les installations» .
Les deux hommes évoquent aussi des accidents et pensent à ceux qui se sont fait écraser par des dumpers, happés par des bandes transporteuses, arrachés quelques doigts… Mais ils citent tous les deux, Chevalier, ce cheminot qui a perdu une jambe mais pas sa joie de vivre. Michel Lemardeley se souvient de cet homme qui faisait déguster le champagne au club en le servant dans sa prothèse… Michel Breda l’a revu par la suite en Irak «toujours le même! »

Notre correspondant mauritanien, Ely Salem Kayhar nous rappelle la dangerosité du travail par une petite historiette: en Septembre 1963 l’ouvrier Ely Maouloud (matricule 102260) est tombé dans le concasseur de Tazadit qui était en marche. Un miracle a voulu qu’il soit sauvé par ceux qui étaient là! Par contre, le chef d’equipe O. Abdel Kader y est tombé quelques temps plus tard, il s’en est sorti mais avec une jambe droite broyée. Les travailleurs estimèrent «qu’il l’a mérité parce que, quelques minutes auparavant, son zèle et son amour pour ses chefs Toubabs l’ont conduit à venir nous disperser et taper du pied droit le petit plateau métallique sur lequel etaient entreposés nos verres pleins de thé et ce, au moment d’une pause pour les travailleurs expatriés. Non contents de ce geste, certains d’entre nous ont prié Dieu pour le sanctionner» La Miferma l’a évacué en France et une jambe en bois a remplacé celle broyée.

Ce qu’il en reste.

Cette période représente pour les deux hommes un quart de leur vie professionnelle. ils ne sont pas prêts de l’oublier car quelque part au fond d’eux même ou au fond d’une malle dans le grenier, ils en conservent des souvenirs précis, et il ne faut pas gratter bien longtemps pour que ceux-ci rejaillissent à la surface, que des noms soient prononcés (4), que des mots soient évoqués: équipe; camaraderie; souffrance.
Ils ont aussi conscience, mais sans amertume, coincés entre les mineurs et les cheminots, de la non valorisation de leur image et qu’ils n’ont peut-être pas tiré les bénéfices qu’ils étaient en droit d’attendre.
Ce dont ils sont peut-être le plus fier, c’est de se rendre compte qu’a leur départ, les ouvriers et maîtrises mauritaniens qu’ils avaient formés, avaient su prendre le relais…..

Les deux hommes ont aussi conscience que cette période a conditionné le reste de leur vie car ils n’ont pu se dégager totalement de ce milieu continuant par la suite et de par le monde à graviter autour d’installations de ce type. Comme si il leur avait fallu, toute leur vie, se confronter à de tels adversaires……

(1) Cette Roue Pelle était conduite depuis 1963 par Jeannot Fonfrège, qui la couvait abusivement et rien ne pouvait y être entrepris sans son accord…..
(2) Comptait parmi les travaux les plus pénibles (cf: Michel Lemardeley)
(3) Voir Hors-série mai 68.
(4) Charpazian, Clairembault, Spithel, Bataille, Querroy, Domagala, Curtelo, Fonfrège… etc

Propos recueillis par Jean-François Genet

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Dans un prochain volet seront abordés: la période 72/77, Rouessa

Portrait

De part sa discrétion, de part ses silences, presque énigmatique, ce personnage aurait du inspirer du respect. Confiné au sein d’un service où celui qui parlait le plus fort existait véritablement, vous n’aviez aucune chance de remarquer John-John, de son surnom. Au sein des installations, il semblait transparent, et pourtant…. Le personnage s’acquittait de ses tâches avec obstination dans un environnement hostile, dans le bruit et la poussière, surfant inlassablement sur les rouleaux des tapis transporteurs des manutentions, veillant à leur bonne santé ce qui évitait des arrêts intempestifs, parcourant inlassablement à pied un nombre incalculable de kilomètres sur des pentes vertigineuses, n’hésitant pas à prendre ces satanés rouleaux sur ses épaules lorsque les voitures n’étaient pas disponibles pour lui.

Il prenait le car avec les ouvriers. A midi, il arrivait le premier au Mif-hôtel, bien avant l’affluence des autres convives, et repartait sur la pointe des pieds pour ne pas déranger, toujours en silence, et puis rentrait à son studio jusqu’à l’heure de reprendre le travail.
Il est un des personnages qui m’a marqué et pourtant, comme beaucoup d’autres, je ne sais rien de lui. Je l’ai photographié, le long d’un de “ses” tapis, lui posant quelques questions sur son parcours, sur sa vie, je n’en ai pas tiré grand-chose, et ne m’en souviens plus… S’en doute s’avait-il qu’il ne servait à rien de trop parler dans le désert…

Jean-François Genet

4 Comments »

4 Commentaires à “1-l'époque pionnière 1963/1970”

  1. KHAYAR le 03 fév 2010 à 14:52 #

    Excellent genet !
    C’est formidable. Voilà qui m’apprend tout sur les manu.d’antan. Et c’est bien le M%onsieur que je cherchais.
    Tu as raison , il mérite vraiment respect et consideration. des gens comme lui doivent etre decorré de la medaille de chevalier d’honneur national.

  2. Babbah le 06 fév 2010 à 19:24 #

    ah non non il ne sagit de punich,
    jf merci.

  3. EL HACEN le 29 sept 2010 à 23:59 #

    parmis ceux qui ont vecu les evenements mai 68 y’a t-il quelqu’un qui a connu mon pére il s’ppellait mohamed el moctar dit “M’kheitrat” matricule 101 937 il etait chauffeur , il est l’un des victime de ces evenements si oui envoyer moi svp de ces habitudes de ses caracteres si possible photos
    merci

  4. schang gerard le 25 juin 2011 à 13:55 #

    enfin je vais réussir à maitriser mon ordi.!…je vais essayer de vous relater l’arrivée de la voie ferrée à la manue de tazadit,et;le chargement du premier train.patience! un trés amical souvenir à tout ceux qui ont participé à cette formidable tache.

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