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Les évènements de 77 (6 messages)

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  1. Michel
    Membre

    Bonjour à tous les amis de Zoueratt,

    Tout juste inscrit sur le site, je pousse la porte du forum, je m'y assoie, prend un thé et me présente.
    J'ai séjourné à Zoueratt en 76, je suis tombé amoureux de ce lieu où je n'ai jamais eu l'occasion de revenir. Je n'ai pas non plus retrouvé trace des personnes que j'ai connues et appréciées et dont j'ai fini par oublier les noms.
    Je m'intéresse particulièrement à la période 77 et ce terrible "évènement" qu'a été l'attaque des Saharaouis sur la Miferma (je crois que la mine s'appelait encore comme ça).
    Y a-t-il des anciens qui pourraient me raconter l'histoire ?
    J'aimerais savoir s'il y avait eu des signes précurseurs de cette attaque, et idéalement, avoir un témoignage d'une personne ayant subit l'enlèvement pour savoir comment s'était passé cette épreuve.
    Enfin, j'aimerais savoir comment cela s'est terminé et de quelle façon Zoueratt a recommencé à fonctionner après ce traumatisme ?

    Voilà. Ça fait beaucoup de questions, mais cela fait longtemps que je me les pose, jusqu'à ce que je découvre ce sympathique forum.

    Amitiés à tous.

    Jean-Bernard

    Posté il y a 8 années #
  2. Bonjour Michel .
    Comme vous etes à la recherche d'info , j'ai trouvé cet article récent du 21/11/2010 sur "Cridem.org" . Cet article de Mohamed Baba Fall relate les événements de Zouerate vecus de l'intérieur par l'auteur , dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1977 ... Alors j'ai fait pour vous un "copier/coller ...

    Cinquantenaire de l’Indépendance/ Bribes de mémoire : Une péripétie de la guerre du Sahara.

    Cette guerre durait à l’époque depuis plusieurs années. Notre vaillante armée avait déjà délogé l’ennemi des villes et des cantonnements du Sahara qu’il occupait depuis le début des hostilités. Elle avait mis en échec deux expéditions sur la Capitale et tué le chef du Polisario et le Chef de son Etat major au cours d’une poursuite et décimé le reste de la troupe.

    Nous avons eu en effet, des officiers de commandement et des soldats de la bravoure de leurs ancêtres qui flattaient notre orgueil et déstabilisaient l’ennemi. L’institution, en elle-même était irréprochable, aimée et respectée. Elle l’est encore aujourd’hui. Ses membres, dans leur presque totalité l’étaient aussi, et le sont toujours.

    Mais les erreurs humaines individuelles existaient et existeront hélas tant que nous serons des humains. L’infaillibilité humaine totale n’existe que dans la bouche des flagorneurs.

    La défense de Zouérat, le 1er Mai 1977, avait crée une polémique à laquelle je n’ai jamais participé comme à aucune autre. En l’occurrence, j’étais au cachot en Algérie. Mais trente quatre années après, les esprits doivent s’être refroidis et la vérité historique doit cesser de faire peur.

    Zouérat a été prise par les troupes du Polisario pendant environ deux heures le 1er Mai 1977. J’étais au cœur de l’évènement. Voici mon témoignage que nul ne peut démentir s’il n’était pas, lui-même, présent et acteur pendant ces deux heures. Résumons, même si le sujet mérite tout un livre.

    Cette péripétie de Zouérat fut à la fois :

    - Un chaos en pertes humaines et matérielles

    - Une grande énigme.

    * En pertes humaines, j’ai vu de mes yeux l’exécution, à bout portant du regretté Mohamed Ould Khaled, du docteur et de sa femme et d’un militaire avec le fusil en bandoulière froidement abattu, et je me suis vu disparaitre pendant 39 mois. Qu’il y ait eu plus de tués sur le champ, c’est probable mais je n’en sais rien. C’est déjà ça et ce n’était pas encore fini.

    * En pertes matérielles secondaires, j’ai vu plusieurs voitures enlevées par les envahisseurs et un incendie dans le dépôt de carburants ou la centrale électrique. Il y a eu sûrement beaucoup plus, mais pour parer à une polémique probable, je ne cite que ce que j’ai vu. Il faut dire que je ne bénéficiais pas d’une vue panoramique, j’avais un hawli noué au cou pour me trainer et j’avais très, très peur, doux marabout que je suis !

    En pertes matérielles capitales, je ne peux pas estimer leur importance, ceux qui m’ont kidnappé, m’ont amené tout de suite en Algérie.

    Mais je devine l’arrêt de l’exploitation des mines, la réparation des dégâts, et la fuite compréhensible de tout le personnel étranger très important à l’époque, le niveau de mauritanisation étant encore très bas. Tout cela doit avoir été un chaos matériel durable. L’emphase linguistique ne suffit pas pour l’appréhender.

    Hommage au patriotisme, au génie et à l’obstination de l’encadrement et du personnel mauritanien de la SNIM qui ont tout remis en marche rapidement pour la suivie économique de notre cher pays.

    L’énigme : tout ce qui précède est plus vrai pour vous qui êtes restés, que pour moi qui ai été déporté en Algérie rapidement comme pour une denrée périssable.

    Mais non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible :

    Zouérat est le chef lieu de la région militaire la plus sensible et la mieux dotée de Mauritanie à cause de son importance économique et la plus vulnérable étant sur le front. Il y avait même des chars blindés rapides sur place et d’autres choses encore. La ville était entourée d’une tranchée imprenable. Donc Zouérat devait être à l’abri de telles mauvaises surprises.

    Et puis, la nuit du 30 avril au 1er mai 1977 était une nuit de pleine lune et toutes les personnes futées savent que les nuits de pleine lune sont choisies par nos ennemis pour leurs incursions, les convois voyageant tous phares éteints. Et puis encore, le 1er Mai est une journée fériée vécue en général avec nonchalance par ceux qui ne seraient pas en alerte maximum.

    Ces éléments naturels suffiraient, à eux seuls, pour permettre de jurer que l’aube d’un jour férié et d’une nuit de pleine lune était le moment de lancer ou de subir une attaque par surprise. Les assaillants ont eu le temps, jusqu’au lever du soleil, de faire ce qu’ils voulaient.

    Je me souviens que le premier coup de feu que j’ai entendu a trouvé l’ennemi en cours de premier regroupement à Zmeilet Legtouta, à environ 3 kilomètres de la ville. J’ai vu le projectile tomber faisant un cratère de la dimension d’un plateau à thé. A ce niveau, aucun blessé, à ma connaissance tout au moins.

    Mais on nous a dit que le commandant en chef était à Nouakchott. Je ne sais pas et je ne veux pas savoir de qui il s’agissait. Sa personne physique ne m’intéresse pas. Je ne parle de lui que « ès qualités ». Mais l’on peut jurer qu’il n’aurait pas pu choisir plus mauvais moment pour s’absenter de son poste de commandement. Aucune raison valable ne peut être mise sur la même balance que ce qui est arrivé à Zouérat. Je ne m’immisce pas dans les affaires d’une hiérarchie qui n’est pas la mienne.

    Je ne fais pas de reproche à quelqu’un qui ne dépend pas de moi, mais le problème est suffisamment important pour que chaque mauritanien puisse donner son appréciation surtout, en l’occurrence, quelqu’un, qui comme moi, a subi dans sa chair, dans son esprit, dans sa famille, de sa carrière, dans sa santé, dans son équilibre psychique des dégâts irréparables et des séquelles irréversibles.

    J’ai appris par des prisonniers mauritaniens qui m’ont rejoint en Algérie que le responsable de la région militaire était revenu à Zouérat dans la matinée, juste après le désastre. En ce moment là, les troupes ennemies commandées par Brahim Ghali et Eyoub prenaient thé et viande à l’ombre de Guelb Elghain. Ils m’ont fait amener près d’eux, poings liés, hagard, les yeux pleins de sable pour savourer le spectacle d’une personnalité mauritanienne ligotée à leurs pieds.

    Quelqu’un, pris soudain, d’hystérie me frappa violemment jusqu’à « baraka, baraka » prononcé par l’un des chefs présents. Merci quand même ! A ce moment, j’ai entendu des bribes de satisfaction que je n’aurais jamais voulu entendre car elles faisaient l’apologie de compatriotes en rapport avec ce qui venait de se passer.

    Mais la suite du voyage n’était pas plus agréable que le début et suivra peut être. Ce que vous venez de lire est aussi vrai que le jour et la nuit. Il ne sert à rien de le nier au cas où quelqu’un voudrait nourrir la polémique.

    Mohamed Baba Fall

    Et à bientôt, si possible, Inchaallah

    Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence à http://www.cridem.org

    Posté il y a 8 années #
  3. Michel
    Membre

    Bonjour Thierry,

    Super sympa ! Cet article est intéressant, en effet, et montre un aspect de l'évènement particulièrement saisissant et poignant. J'ai lu sur le site cridem l'article suivant sur le sujet qu'a écrit Mohamed. Surréaliste ! Je compatis d'autant que ça a duré plus que je ne l'imaginais pour lui et ses compatriotes.
    Il me semble que les 6 européens ont eu une durée de détention moins longue.
    Quelqu'un pourrait-il me raconter comment cela s'est passé ?
    Je fréquentais le Ranch un an avant l'attaque et crois avoir connu quelques unes des personnes concernées.
    Comme je suis en train d'écrire une fiction sur ce sujet, j'aimerais coller le plus possible à la réalité.
    Merci d'avance pour d'autres infos.
    J.B.

    Posté il y a 8 années #
  4. JF.GENET
    Membre

    Bonjour J.B.
    Pourquoi vouloir faire une fiction quand la réalité la dépasse ? Et pourquoi dans le cadre d'une fiction vouloir coller à la réalité ?
    Il me semble que cet évènement dramatique mérite mieux que cela et doit être traité de manière rigoureuse à partir de témoignages croisés, concordants, précis, argumentés qui doivent ponctuer ce récit... Nous sommes encore plusieurs à les avoir vécus en tant que simple acteur ou otages et je puis vous assurer qu'à ce jour, chez certains, toutes nationalités confondues, le traumatisme est encore là.
    De fait, si nous n'avions pas eu de retenue et de respect pour les victimes, il y a fort longtemps que nous aurions traité de ce sujet sur le site mais d'un commun accord avec son créateur, Patrick Wojkowiak, nous avons convenu de ne point le faire, ou tout au moins, pas encore...
    Cordialement
    JF Genet

    Posté il y a 8 années #
  5. Bonjour à tous .
    Pour ceux qui l'avaient oublié , l'auteur du texte paru dans Cridem est le Papa de Sidi Med Baba Fall qui est membre de notre site . Pour mèmoire , son papa , Monsieur Mohamed Baba Fall était le préfet de Zouerate à notre époque . Celui-ci a été comme il l'écrit , prisonnier du Front Polisario pendant de longs mois. Je tenais à vous le préciser . Merci .
    Thierry

    Posté il y a 8 années #
  6. WOJTKOWIAK
    Super administrateur

    J'arrive après la bataille si je puis dire. Je n'avais pas vu que ce sujet commençait a être aborder.
    C'est effectivement, comme le dis Jean François, un sujet délicat à aborder et écrivant moi-même des fictions, je ne crois pas que cet angle soit le meilleur pour aborder ce sujet..EN tout cas ici, dans ce site ! Je crois Thierry que tu n'as pas vécu les évènements, tu était parti avant ?

    Pour avoir écouter et discuter avec beaucoup de personnes au moment de l'investigation de mon documentaire, je peux vous assurer que c'est un sujet extrêmement sensible au sein de notre communauté. La peine et les traumatismes qui sont liés nous impose un respect auprès de tous. Aborder ce sujet est faire preuve d'une foi qui n'ébranlera pas le souvenir de tous. Mais c'est aussi prendre en compte tous les enjeux économiques et politiques. En figure de proue il y a bien sur cette mort tragique et cette prise d'otage, il y a bien entendu la fin d'un certain eldorado ou les personnes ont du partir. pour certain la souffrance fut t'elle que certaines personnes mis fin a leur vie ! D'autres ont tenté de recoller des morceaux...Mais à tout cela a laisser une cicatrice... Maintenant il faut connaitre tout des protagonistes pour comprendre le fin mot de l'histoire..Pardon de l' Histoire ! avec un grand H. Les enjeux économiques et politiques sont encore de mise actuellement...Et je puis vous assurer de quoi je parle, car mon investigation a été profonde !
    Nous avons un devoir de respect vis à vis des gens qui ont vécu ces évènements...Que croyez vous ? Depuis le temps, le forum serait rempli d'anecdotes et de vécus...Lorsque l'on vit une histoire de famille aussi intense et aussi grave, chaque membre ne se sent pas obligé de dire..On le sait....Jean Bernard MICHEl, je n'ai pas répondu a vos messages car à mon avis il tombait sous le sens que ce n'était pas un "sujet" de plus pour écrire une fiction ! Faites le dans votre coin, puisque c'est une fiction, allez-y inventez...Mais si vous n'avez pas à l'esprit cette notion de respect c'est que vous n'êtes pas de la famille ! Il n'y a rien de sensationnel a vouloir ouvrir cette déchirure ! Si ce sujet est à aborder il le sera avec un esprit de profond respect, fidèle. Fidèle en tout cas a toute la communauté qui l'a vécu.
    Je trouve impensable de venir dans un forum pour aborder ça ! La légitimité de Baba fall est autre puisqu'il parle de son père ! Voila, Mon point de vue, en tous cas d'une personne qui l'a lui aussi vécu ! Car si vous l'aviez vécu, il n'y aurait jamais eu de messages ! Il faut parfois être noble d'esprit et respecter sa "famille" et ses anciens ! Pour ma part c'est tout ce que j'ai à dire !!!

    Patrick

    Ps; Et Thierry, aborde les sujets que tu connais, c'est mieux !

    Posté il y a 8 années #

Sujet fermé

Sujet fermé. Réponse impossible.